mardi 15 avril 2014

L'oiseau agile a fait son nid

Parfois il est bon de revenir aux sources. Feedback sur la keynote d'ouverture du ScrumDay.fr 2014.

L'excellent speech d'Alistair Cockburn, co-auteur du Manifeste Agile, en introduction du ScrumDay 2014 à Disneyland Paris, fut l'occasion de dresser un état des lieux de l'agilité en 2014, tout en revenant aux sources de celle-ci.

Deux points abordés par Alistair m'ont en effet interpellé, car ils mettent en perspective le cœur de l'agilité tel que l'ont conceptualisé les pionniers à la fin des années 90, et son application à grande échelle aujourd'hui.
  • Core Scrum : back to the basics
  • L'agilité en 2014 : on a changé d'échelle

Core Scrum : back to the basics 

Tout d'abord, il est utile de rappeler que l'agilité, ce n'est pas une méthode, mais des valeurs. Scrum lui, est un Framework pour construire un produit de manière agile, c'est à dire basé sur les valeurs de l'agilité.

Premier point donc abordé par Alistair, un recadrage sur ce qu'est Scrum dans sa plus pure définition. En effet, beaucoup de pratiques et de techniques se sont greffés (avantageusement) à Scrum, et le tout forme aujourd'hui une sorte de boite à outils qu'il faut savoir utiliser à dessein, mais pas de manière systématique.

Alistair résume Scrum en 3 principes de base et 2 principes corollaires :

3 principes de base
  1. livrer (plutôt que démontrer) à chaque Sprint
  2. laisser l'équipe libre de ses choix (sur les pratiques, sur les outils, sur son organisation)
  3. examiner la situation et s'adapter en permanence, chaque jour et chaque Sprint
2 principes corollaires
  1. une personne possède la capacité de supprimer les obstacles (ScrumMaster)
  2. une personne possède la capacité de représenter le produit ou le métier (Product Owner) et est disponible



Puis vient ensuite ce qu'Alistair appelle des "barnacles", que l'on peut traduire par..."bernaches" ou "bernacles" (c'est à dire des petits crustacés qui viennent se coller sur la peau des mammifères marins - je l'avoue, je ne connaissais pas ce mot, ma culture animalière est visiblement limitée...).

L'image est parlante. En effet, le Kanban Board, les graphes de combustion, les fameuses trois questions quotidiennes, ...tout cela est tellement "accroché" à Scrum désormais que ça fait presque partie du package de base.


Enfin, tout le reste, c'est en dehors de Scrum. Dire que c'est du Scrum relève de la "rumeur". Le planning poker, les User Stories, ...un projet Scrum peut très bien vivre sans. En tout cas, cela ne doit pas être imposé à l'équipe.

L'agilité en 2014 : on a changé d'échelle

Cette vision root de l'agilité, elle est désormais déployée à grande échelle. Dans certains cas aujourd'hui, on est bien loin de la petite équipe de "guerriers" qui a décidé de faire de l'agile pour un petit projet web interne. L'agilité a changé de braquet, et adresse désormais des sujets complexes, des enjeux majeurs, voir transforme totalement les organisations.

Alistair a repris ici l'exemple de Spotify (http://blog.crisp.se/2012/11/14/henrikkniberg/scaling-agile-at-spotify). Bon ok, le coté "geek" de leur cœur métier doit simplifier l'application de ce genre de matrice, mais aujourd'hui, de plus en plus de DSI opèrent ce type de transformation (y compris certaines du CAC40 !).



Spotify, c'est une centaine de développeurs, 30 Scrum Team, trois sites distants.

Comment garder l'esprit agile avec la nécessaire organisation industrielle indispensable à ce niveau d'échelle ? 

Sur le schéma ci-contre, l'équipe Scrum telle que nous la connaissons, c'est "l'escouade". Elle dispose des moyens et de l'autonomie nécessaire pour choisir son propre mode de fonctionnement. Son travail est orienté par un Product Owner.

Le degré de maturité de chaque escouade étant différent, elles ont accès à des coach, chargés de les assister dans le déblocage des problèmes et l'amélioration continue.

Si une escouade est une mini start-up, la "tribu" en est l'incubateur. Chaque tribu adresse un sous-domaine complet du périmètre général. Il y a donc un chef de tribu, qui maintien la cohérence entre les travaux de ses escouades et gère leurs dépendances.

Afin d'éviter les silos, harmoniser l'organisation et disons-le, la piloter, des "groupes" (chapter ?!) inter-escouades s'organisent autour de compétences spécifiques au sein d'une tribu. Ces groupes se réunissent régulièrement sous la tutelle d'un manager (3.0, évidemment).

Enfin, afin d'harmoniser les pratiques et partager l'expérience, des "guildes"  s'organisent autour de thèmes spécifiques (UX, testing, coaching, ...). Chaque guilde possède un coordinateur, ici à temps plein dans ce rôle.


En résumé, cette keynote d'ouverture présumait d'un très bon cru 2014 du ScrumDay. Et effectivement, on s'est régalé...en prenant un grand bol d'air pur agile. Vivement l'année prochaine !